Mar 24 2008
Fonzie, la Gazelle et le Gazou
Une histoire de rencontre
Voilà certainement, l’une des 2 “expériences” que je n’oublierai pas de mon voyage à Tozeur: la rencontre de Fonzie. Je sortais du magnifique Musée Dar-Cheraït avec Stéphanie. Nous avions visité l’exposition des arts et traditions. Il était près de minuit. Il y avait le petit commerce juste en face qui semblait ne pas être fermé…
Nous nous sommes approché et un homme dans la quarantaine, nous a appelé.
- Salut la Gazelle et toi le grand Gazou approchez, venez, je ne suis pas fermé, a-t-il lancé en attrapant le poignet de Stéphanie.
Il semble qu’au Maghreb toutes les jeunes femmes occidentales soient des gazelles et les hommes avec eux leur gazou. C’est ainsi que les marchands dans leur échoppes approchent les touristes pour débuter le jeu de la vente dans les souks (marchés). C’est du moins ce qu’on m’avait prévenu.
Donc, le petit homme tirait Stéphanie d’une main et de l’autre me faisait signe de le suivre aussi. Elle m’a regardé l’air de dire “je fais quoi” et moi pour toute aide j’ai ris et je les ai suivi dans la boutique encombrée. Il y avait des trucs partout et jusqu’au plafond.
- Vient la gazelle, j’ai de beaux tapis, j’ai des choses pour décorer belle maison, tu ne peux pas repartir sans un souvenir… Tiens, parce que tu as l’air gentille, je vais te faire un tatou, c’est gratuit, je dessine très bien. Tu vas voir!
Encore plus désespéré, elle me regardait pour que j’arrête le tout. Moi, je riais dans ma barbe et je l’ai poussé. Le type proposait de lui faire un tatouage temporaire avec de l’hénée. C’est une “tradition” apparemment pour attirer les touristes dans les boutiques et les mettre en confiance. C’est un dessin corporel avec une signification particulière. Signe de séduction, mais également de protection contre les mauvais esprits.
Bref, Stéphanie se laisse finalement faire. Le petit homme discute sur son tatou et nous parle de sa boutique. Je sens que le jeu de la vente tel que décrit par plusieurs s’installent. Le marchand qui a tout son temps va discuter avec nous de tout et de rien, peut-être nous offrir le thé et après négocier durement les items qui nous intéresse et nous fera croire qu’on la finalement plumé… En empochant une confortable marge.
Le petit homme discute et débite son boniment et fait son théâtre. Il écrit le nom de Steph en arabe et lui dessine une fleure “berbère” porte-bonheur. Il nous annonce ensuite qu’il nous offre le thé à la menthe. On s’assoit avec lui et je déguste lentement la boisson qui est chaude est dont le goût m’emplit la bouche. Pour nous la soirée est terminées et quelques instants de plus à découvrir une coutume que je ne connais pas ne peuvent me faire de mal. Je répond aux questions de l’homme qui sont nombreuses.
ll veut tout savoir, d’où nous venons, ce que nous avons fait, depuis combien de temps, etc. Il est intrigué lorsqu’il réalise que je ne suis pas français. Et puis, je ris un peu gentiment de lui et je prononce quelques mots d’arabe. L’appelant notamment “rouya” ce qui veut dire mon frère. Je lui demande finalement son nom. C’est là que j’ai senti que les choses changeaient un peu. Un espèce de contact qui s’établissait entre l’homme et nous.
Il se nomme Fonzie. Il est né à Tozeur. Il aime sa ville et en est très fier. Tozeur, “c’est tellement beau, que la femme du président y vient plusieurs fois par années”, clame-t-il fièrement. Il voit les vagues de touristes venir et augmenter depuis quelques années et il est content parce que cela lui a permis d’ouvrir sa boutique et d’en vivre dans un endroit où il n’y avait rien avant. Il n’a jamais pu voyager, mais il apprend à connaître les villes qu’il ne verra jamais en discutant avec les touristes qui sont plus “ouvert”. J’en profite pour lui poser des questions… Une vrai discussion s’engage. Il me demande si j’ai goûté la bière de son pays, il me dit qu’il nous invite dans un endroit où les touristes ne vont pas. Il se lève et nous fait signe de le suivre.
- Vous laissez votre boutique ouverte, dis-je?
- Tout le monde connaît Fonzie à Tozeur et personne ne le volera, allez venez mes amis.
On le suit et il nous amène par une petite ruelle dans une salle enfumée rempli de locaux qui semblent surpris de nous voir entrée, mais voyant Fonzie semblent trouver la scène normal. On s’installe, il commande trois Celtia. Une bière blonde douce et rafraîchissante. La discussion se continue. Il nous dit que si nous ne connaissons pas les locaux, nous ne pourrons pas connaître la Tunisie. Il nous pose beaucoup de questions sur nos vies, nos emplois, etc. Il est surpris d’apprendre que Stéphanie travaille souvent de nuit et que je suis à contrat. Il à l’air de penser que nous sommes “pauvre” en fait puisque nous n’avons pas la “permanence” des autres touristes. Il me dit que je ne dois pas être très qualifié puisque je n’ai pas de compagnie pour me garder toujours. Il semble même me plaindre en disant sentencieusement que la vie n’est pas aussi facile qu’on le dit en europe. C’est une situation un peu étrange de voir un homme dont le salaire mensuelle ne dépasse pas mon salaire quotidien me plaindre.
“Dans vos villes, il y a beaucoup de stress et de gens différents, pas comme à Tozeur. Les gens se volent et travaillent tout le temps. Pas comme dans le désert, ici toujours calme, toujours les gens sont biens et souris parce que la vie est comme ça chez nous”, nous explique-t-il. Il dit savoir que “les gazelles et les gazous ne sont pas si heureux avec tout leur argent, que la vie c’est vivre et pas entassé dans des coffres. Je vois les gens qui arrivent ici et courent et eux prendront des vacances en revenant chez eux. Je dis la vie, c’est aller dans le désert et se reposer. Moi je connais le vrai Tozeur et vous devez le connaître.”
Il nous offre de le suivre, jusqu’à une une petite oasis pour se reposer les pieds dans l’eau. “Très sain pour la Gazelle, qui a l’air fatigué”, ajoute-t-il. Ma méfiance revient instinctivement, mais Fonzie est si chétif et souriant. Nous décidons de le suivre.
L’endroit où il veut nous amener est derrière Tozeur. C’est un belvédère surplombé par un “monticule” de pierre où le visage du poète nationale de Tunisi, Abou el Kacem Chebbi, a été sculpté. En chemin, nous croisons des amis de Fonzie qu’il salue. Il est une heure du matin et les gens de Tozeur profitent d’un moment de la journée où il ne sont pas submergés par les touristes. L’endroit faiblement éclairé est magique. On escalade d’abord le poète. Une sorte de mini-mont Rushmore. Fonzie nous montre une vue imprenable sur sa ville, puis se tournent vers le désert et nous explique qu’il y connaît des tributs berbères qui vivent encore dans des tentes.
Il nous amènent ensuite dans une petite oasis artificielle pour se plonger les pieds dans l’eau et se détendre. Là il fait un petit massage “berbère” à Stéphanie et explique qu’il a un don pour replacer les os des gens. Le ciel est noire, il y a les étoiles et la lune. ça brille et j’ai l’impression que je pourrais les saisir si j’avais les bras assez long.
Nous avons fini la soirée autour d’un second thé à la menthe. Fonzie nous paye la tournée encore et nous raccompagne à notre hôtel parce qu’à cette heure, “il y a des gens qui ont trop bu parfois”. En chemin, je demande à Fonzie de retourner à sa boutique pour une lui prendre un souvenir. Un petit truc qui ne me coute presque rien. Une forme de remerciement puisqu’il nous a consacré 3 heures de sa vie et pour le moment passé. Je suis repartie avec son numéro de cellulaire.
Le lendemain, Fonzie est probablement retourné à sa boutique et à repris sa vie. Nous, nous sommes retourné à nos vacances pour poursuivre la notre. Depuis, je songe que la vie sait parfois si bien nous surprendre quand on baisse la garde. Quand je songe au moment de méfiance en milieu de soirée, je me trouve un peu stupide.
J’adore ce genre de rencontres un peu magique, j’aurais bien aimé être là